Témoignage de Patrick

Ma vie sans alcool

 

Ma vie alcoolisée a commencé à l’âge de quatorze ans, au décès de ma mère, et que notre père nous a abandonné au cimetière.

Ma consommation était très importante par manque d’amour de mon père.

L’alcool m’a fait perdre le travail, j’ai pas voulu me marier, pour ne pas faire souffrir ma compagne.

Un jour j’avais eu marre de cette consommation, je savais pas comment faire pour arrêter le produit, car plus possible d’être ivre, agressif, ou me rendant malade.

Je suis allé voir mon médecin traitant pour lui demander d’arrêter. Et là j’ai rencontré un médecin alcoologue, j’ai fait cinq cures avant d’y arriver totalement en 2015.

Le produit m’a esquinté la santé.

Je suis arrivé à la Croix Bleue en juin 2015, ça m’a beaucoup aidé, (échanges de paroles). Ça me permet de faire un travail sur moi.

Je me suis fait une petite amie, qui est ma concubine aujourd’hui, elle m’aide beaucoup.

Je continue toujours la Croix Bleue à Poissy et à Versailles Grand Parc, je suis abstinent à ce jour.

Maintenant, avec ma concubine on est allés au camping de la Croix Bleue.

(C’est génial) on y retourne.

Je fais beaucoup de sorties (Grevin, Aquaboulevard, restaurants, etc…), des balades tous les jours en forêt ou parc avec le chien entre une à trois heures de marche.

Je ne fais pas souffrir ma petite amie, et vice versa.

 

Conclusion :

Je suis fier de mon parcours, et je sais que l’alcool c’est fini jusqu’à la fin de ma vie.

Merci à tous de m’avoir écouté, soutenu, et pour les échanges de paroles.

                                                                                                                    

 

                                                                                                                    Patrick

Témoignage vidéo de Henry lors de son anniversaire surprise du 6 janvier 2017

Ludo si tu penses que mon témoignage peut apporter une aide a l'un ou a l'autre dans le cheminement vers la liberté face à une addiction, alors n'hésite pas à le mettre en ligne le plus largement possible !

Merci encore pour cette extraordinaire surprise que vous m'avez offerte vendredi j'en ai encore la chair de poule en regardant cette vidéo.

                                                                                                 Henry

                                                                                                           

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On écrit à la Croix Bleue
de Versailles

09 décembre 2016

Bonjour Ludovic

Je voulais te remercier pour ton accueil et la discussion que nous avons eue hier soir. Je ne suis pas encore prête à 100 % pour la rupture avec l'alcool. Ça me paraît juste insurmontable mais grâce à vous tous, j'ai déjà opéré la rupture avec l'isolement. Résultat : hier soir pendant tout le temps du buffet je ne pensais qu'à mon verre que j'allais boire en rentrant. Et qd je suis rentrée je n'en ai plus eu envie. Vous m'avez réchauffé le coeur et surtout la dame qui m'a donné des bonbons pour mes enfants. Alors que je venais pour la 1ère fois et que personne ne me connaissait... votre gentillesse m'a touchée. Ça valait tous les verres du monde ! Alors j'ai décidé de prendre un calendrier et de faire des croix pour chaque jour où j'arriverai à ne pas boire. Et au bout d'un nombre de croix (non encore défini) je me ferai un petit kdo. Chacun sa méthode. Je vais tenter celle là et on verra. Avec votre soutien tous les 15 jours, j'ai bon espoir d'augmenter mon nombre de croix 😉. Bon week-end et rv au 23 décembre. J'ai déjà hâte d'y être.

Fabienne

Ce courrier est adressé à Henry Casanova, membre fondateur et membre  actif de la Croix Bleue de Versailles. Merci Ghislaine, cette prose témoigne des bienfaits de la cure et de la joie retrouvée.

                                                                                        Lundi, le 23 mars 2015

 

Coucou Henry !

 

     Je te remercie vivement pour ton gentil message. Figure toi que j'ai demandé l'adresse de la Croix Bleue aujourd'hui pour te donner de mes nouvelles.

 

     Tout d'abord, je te remercie vivement, ainsi que tous les membres de la Croix Bleue de m'avoir conseillé le CALME (Centre de cure http://www.calme.fr/).

J'y suis à ma place, active aux séances tant en psychologie (bulles) qu'aux séances de relaxation (soma).

 

     Les réunions d'informations m'ont permis de complètement déculpabiliser et m'ont permis de comprendre ma rechute. De plus, l'approche que l'on nous enseigne sur l'alcool est totalement différente de ce que jai pu voir jusqu'à présent.

 

    J'ai pu découvrir en information cuisine que les produits que j'utilise contiennent de l'alcool, notamment pour la pâte feuilletée !!! Etonant. A regarder de plus prés les étiquettes.

 

    Outre les soins apportés par les perfusions, vitamines, magnésium, on nous explique le pourquoi du comment.

 

    Le personnel est à l'écoute, gentil, toujours là en cas de besoin. L'ambiance y est agréable (soirées sympa prés de la cheminée) et le cadre idillique, j'ai beaucoup appris des canards en les observants.

 

    J'ai pu, depuis vendredi, aller au centre ville d'Illiers. Les commerçants savent de suite d'où l'on vient et sont agréables avec nous. De plus, à un pas rapide, cela me fait du bien de marcher.

 

   Effectivement la cuisine est bonne et copieuse. De plus, les fruits sont laissés à volonté dans un panier.

 

   Sinon que dire de plus que j'y suis arrivée avec le sourire, ce qui a plu à des pensionnaires et a permis une bonne ambiance, et je sais aujourd'hui que cette cure, qui complète la première que j'ai faite, me fera rentrer encore plus heureuse et prête à une nouvelle vie sans alcool.

 

 

               Encore merci pour tout Henry !

 

     

                                                                Ghislaine

 

9 FÉVRIER 2015 PAR MELISSA - Article tiré de mademoiZelle.com

Je suis alcoolique 

Quand à 17 ans Melissa a commencé à boire, ça a été le début d'une véritable descente aux enfers. Il lui a fallu des années pour prendre conscience de sa maladie, et ainsi pouvoir la combattre.

 

Je ne me souviens plus vraiment quand est-ce que tout ça a commencé. Quand est-ce que j’ai commencé à lâcher prise et perdre le contrôle de ma consommation d’alcool.

 

Ce que je sais, c’est que c’est arrivé lentement. Telle une maladie sournoise qui se glisse doucement dans le corps d’une personne et infecte tour à tour chaque organe, chaque artère, chaque cellule.

 

Je ne me souviens plus vraiment de ces soirées, celles passées à boire jusqu’à perdre le contrôle. Bercée par l’ivresse, il m’arrivait de faire des choses que je n’aurais jamais faites en étant sobre. Le produit dévoilait un « moi » différent. Un « moi » sûre d’elle, plus forte, plus drôle.

 

J’y ai pris goût. J’ai pris goût à cette substance que l’on voit partout. Dans les bars, les soirées, sur les panneaux publicitaires, dans les magazines, sur Internet, à la radio… Ce produit présent partout à l’extérieur s’est collé à moi, s’y est greffé, tel une nouvelle partie de moi, et il ne m’a pas quitté depuis. Et il ne me quittera jamais.

 

 

Je crois que mon histoire avec l’alcool commence à partir de la fin du lycée. Ma consommation d’alcool a augmenté lors des soirées étudiantes ; elle passait inaperçue car tout le monde buvait trop.

Une consommation anormale passe plus facilement inaperçue à l’adolescence, où l’on teste les limites et découvre l’alcool. Pourtant, cette consommation-là peut faire basculer dans l’alcoolisme, car elle augmente les risques de dépendance.

 

Le dossier de l’inserm Alcool et santé :

 

 

explique en effet que

 

« Des travaux montrent que l’exposition précoce à l’alcool, que ce soit in utero ou à l’adolescence, serait un facteur de risque considérable de dépendance ultérieure. […] Jusqu’à l’âge de 20 ans, le cerveau continue de se développer. La consommation d’alcool au cours de cette période perturbe le développement normal du cerveau et augmente le risque de dépendance. »

Avant ça, j’étais ce que beaucoup considèrent comme une jeune fille exemplaire. J’exécrais l’alcool, le tabac, la viande rouge et les aliments frits. Je me couchais tôt, je buvais un litre d’eau par jour, et prenais autant de douches qu’il était possible d’en prendre.

 

Ces « bonnes habitudes » ont disparu lentement à cause de l’alcool. Je me souviens encore de ces jours où je ne me lavais pas et où j’enfilais rapidement un jean et un t-shirt pour aller acheter ma « dose ».

L’alcool est une drogue. Pour moi, il s’agit même d’une drogue dure. Dont il est difficile, voire impossible, de se détacher.

L’alcool est de fait bien considéré comme une drogue, et le processus de dépendance est le même, comme expliqué dans le dossier de l’inserm :

 

 

 

« La dépendance à l’alcool (comme pour les autres drogues) est liée à son usage répété, excessif et compulsif. L’individu perd le contrôle de sa consommation, devient tolérant aux effets négatifs et présente un syndrome de sevrage quand l’administration cesse : confusion, tremblements, voir des crises de convulsion. Le risque de récidive est élevé et prolongé après une période d’abstinence ou de réduction. »

Des effets positifs ?

 Il y en a, oui. Mais ce sont des effets aussi concrets que l’illusion d’être en bonne santé alors qu’on vous annonce que vous avez un cancer en phase terminale. Avec l’alcool, vous avez l’impression d’être plus fort-e, moins timide, plus téméraire. 

 

Vous osez faire et dire des choses que vous ne pourriez ni dire ni faire sans cette boisson. Une chaleur inonde votre corps, de vos pieds jusqu’à la racine de vos cheveux, et vous vous sentez mieux. Les tracas du quotidien s’évanouissent dans cette brume euphorisante.

 

 

Avec l’alcool, je me sentais libre. J’étais capable de tout. D’ailleurs, je me suis une fois retrouvée en haut d’un échafaudage de dix mètres « grâce » à ça. Je n’ai pas ressenti de peur sur le moment. Même pas lorsque j’ai atteint le toit de l’immeuble, lorsque le vent fouettait mon visage.

 

Ce n’est que le lendemain, lorsque les effets de l’alcool se sont évaporés, que j’ai pris conscience de la bêtise incommensurable de mon acte et du risque fatal qu’entraînait l’ascension du toit. Ceci dit, lorsque je me suis retrouvée tout en haut, je me suis sentie libre et puissante. Mon coeur battait la chamade, je respirais vite, mais je me sentais vivante.

 

Une autre personne

L’effet désinhibant de l’alcool est bien connu (toujours selon l’inserm) :

 

« L’alcool agit directement sur le cerveau avec des conséquences variables sur le comportement en fonction de la dose ingérée. Pour des alcoolémies inférieures ou égales à 0,50 g/l, l’éthanol a un effet stimulant qui s’accompagne d’une désinhibition : les tâches cognitives sont exécutées plus rapidement et avec une sensation subjective de facilité mais avec un taux d’erreurs accru.

Au-delà de 0,50 g/l, il a un effet sédatif et perturbe les fonctions motrices (perte d’équilibre, de la coordination des mouvements).Ces effets dépendent également d’une sensibilité individuelle aux effets de l’alcool qui s’explique en partie par des facteurs génétiques. »

J’ai longtemps eu besoin de faire ce genre de choses pour me sentir exister. N’ai-je pas commencé à flirter grâce à l’alcool ? Avant de commencer à boire, les garçons ne m’intéressaient pas. Mais une fois que j’ai commencé à consommer, mes envies « lubriques » sont apparues. Lorsque je sortais avec mes amies, j’étais toujours en quête d’un partenaire de soirée. J’étais totalement désinhibée et prête à tout.

 

C’est donc en toute logique que j’ai perdu ma virginité en étant sous l’influence de l’alcool. J’avais rencontré un garçon sur Internet et même s’il ne me plaisait pas physiquement, je l’ai fait. Nous avons passé la soirée dans un hôtel bas de gamme, alternant bières et vodka sur fond de musique électronique. Lorsque j’ai été suffisamment ivre pour ne plus être dans la retenue, je l’ai embrassé et j’ai posé sa main sur ma poitrine. La suite ? Je vous laisse deviner.

 

Encore une fois, ce n’est que le lendemain que j’ai pris conscience de mon acte, que j’ai amèrement regretté. Je me suis sentie souillée, et j’avais l’impression d’avoir été forcée. Pourtant, ce garçon ne m’a jamais menacée ou incitée. Je sais cependant avec certitude que je ne l’aurais jamais touché ni laissé me toucher si je n’avais pas bu d’alcool. C’est l’alcool qui m’y a poussée.

 

Je me souviens encore de la douleur de l’acte, et de cette tache de sang sur le drap. Je me souviens aussi de la longue douche chaude que j’ai prise le lendemain, comme pour me purifier. Je n’ai pas eu de relations sexuelles les deux années qui ont suivi cette première fois.

 

 

Une amie fidèle

J’ai toujours eu des relations compliquées avec les garçons. Je m’investissais trop émotionnellement et je n’en ressortissais jamais indemne. Ma première vraie relation sentimentale date d’il y a deux ans. J’ai toujours donné plus que je n’ai reçu, et, lorsque nous avons rompu, l’alcool fut le remède contre la peine que j’avais.

 

À cette époque, je buvais dès le matin, jusqu’à la fin de journée. L’alcool était une amante idéale. Toujours fidèle au poste, présente dès que j’avais besoin d’elle. Accessible, car peu chère, je n’avais aucun mal à m’en procurer. Il m’arrivait même de faire les poches des manteaux de mes parents, ou de fouiller dans le sac de ma mère pour trouver un peu de monnaie qui me permettrait d’en acheter. Je n’avais plus goût à rien, hormis celui de boire jusqu’à l’ivresse.

 

L’ivresse, parlons-en. C’était ce qui me plaisait le plus. Je me fichais du goût et de la qualité de l’alcool que je buvais. Il fallait juste que ça fasse effet, et ce rapidement. Je buvais donc de la bière forte, et je la buvais le plus vite possible. Une chaleur envahissait tout mon corps, bien plus diffuse et subtile que la chaleur qui vous envahit lorsqu’on vous injecte un produit lors d’un scanner. L’ivresse était totale.

 

Jusqu’à ce moment où mon estomac n’a plus réussi à supporter ce trop-plein d’alcool bu en un temps limité. Je finissais alors souvent à genoux, les coudes posés sur la cuvette des toilettes, me vidant les intestins jusqu’à ne plus rien avoir dans le ventre.

 

Je me sentais si apaisée lors de mes consommations d’alcool. Tous mes tracas, du plus infime au plus grave, disparaissaient soudainement. Je me sentais libre de faire ce que je voulais, et je me sentais plus belle, plus intelligente. Tout semblait plus beau et joyeux. Le monde m’apparaissait de manière différente, et j’aimais la vision que j’en avais lorsque je buvais.

 

Mon alcoolisme est passé inaperçu pendant des années, aussi improbable que cela puisse sembler. Mes amis n’y ont jamais fait attention. On buvait tous trop en soirée, donc c’était facile de cacher « ça » derrière l’excuse de la festivité.Quant à mes parents, ils ne me voyaient pas ivre car je buvais la nuit ou lorsqu’ils s’absentaient.

 

Je cachais les bouteilles dans une valise sous mon lit. À l’époque, je prétextais souvent un mal de tête ou un mal de ventre pour rester dans mon lit la journée et récupérer de ma cuite nocturne.

 

J’ai effectué une véritable descente aux enfers, sans que personne ne fasse le lien avec ma consommation.

 

L’alcool me fatiguait et bouffait tout mon temps. J’ai fini par tout laisser tomber, j’ai abandonné mes études et les quelques jobs que j’avais pu faire au tout début de mon alcoolisme, et je me suis complètement renfermée sur moi-même, perdant contact avec la plupart de mes ami•e•s.

 

Mes parents ont été déçus que j’arrête tous mes projets d’études et professionnels, mais ils ont cru que c’était de la mauvaise volonté ; ils ont été assez cool, et ils se sont dit que j’avais juste besoin de temps pour trouver ma voie.

Quand l’alcoolisme passe inaperçu

L’alcoolisme fait autant de ravages notamment parce qu’il n’est que très difficilement considéré comme une « vraie » maladie, et masqué par le déni qui l’entoure trop souvent. Dans l’article du Figaro Pourquoi si peu de malades alcooliques sont-ils soignés ?, le professeur Michel Lejoyeux analyse ainsi que :

 

« La maladie alcoolique est également frappée de déni parce qu’elle angoisse ceux qui boivent sans difficulté et s’étonnent qu’un produit en apparence banal, agréable et convivial puisse provoquer des maladies. Il a bien été montré qu’en France la culture de l’alcool et de l’art de vivre rend moins vigilant aux signes de la dépendance. La prise de conscience a eu lieu pour la dépendance aux drogues illicites, au tabac. Elle tarde pour l’alcool, tant ce produit apparaît avant tout comme hédoniste, comme un bon produit ou un « produit du terroir ».

 

Cette non-reconnaissance collective des dangers de l’alcool favorise les comportements de déni individuels. Elle encourage l’attitude des malades qui disent « je bois comme tout le monde ».

Les personnes en difficulté avec l’alcool sont ainsi exposées à un double déni. Leur maladie n’est pas considérée comme une vraie maladie, mais parfois comme un manque de volonté, un « vice » ou une « faiblesse ». Dans le même temps, leur comportement paraît incurable au nom de fausses croyances difficiles à combattre comme « Qui a bu boira ». »

Tout a éclaté quand moi j’ai pris conscience du fait que j’avais un problème, lorsque j’ai réalisé que je ne me levais de mon lit que pour boire, et lorsque je me suis mutilée en étant sous alcool. Mon cerveau a tiré la sonnette d’alarme, et je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. C’est là que j’ai fait une tentative de suicide en prenant des cachets et de l’alcool. J’avais 20 ans.

 

Ma mère a alors trouvé la valise sous mon lit avec tous les cadavres de bouteilles. Mon addiction a éclaté au grand jour.

Ma mère était sous le choc lorsqu’elle a appris que j’étais alcoolique. Elle s’en est voulue de ne rien avoir remarqué. Elle m’a tout de suite pris rendez-vous dans un centre d’addictologie pour que je puisse en parler avec un professionnel.

 

Mon père avait ses problèmes à lui, donc je ne me souviens pas de sa réaction, ni celle de mes amis, vu que je ne les voyais plus beaucoup. J’ai juste révélé ma maladie à une amie cette année, et elle m’a tout de même dit qu’elle avait bien vu que quelque chose n’allait pas.

 

Après ma prise de conscience, je pensais cependant que je pourrais à nouveau consommer de l’alcool « normalement », je ne me rendais pas bien compte de ce que j’avais. Il m’a fallu plusieurs sevrages à l’arrachée et plusieurs rechutes pour enfin réussir à vraiment réaliser et mettre des mots sur ma maladie.

 

La lutte contre la maladie

Contrairement à certaines idées reçues qui persistent, l’alcoolisme est bien une maladie. Comme défini par l’inserm,

 

« L’addiction à l’alcool est une maladie chronique et hautement récidivante en dépit des traitements, notamment en cas d’association avec un terrain anxieux ou dépressif. Elle entraîne de nombreuses complications hépatiques, cardiovasculaires et neurologiques ainsi que des cancers. »

 

Les premières tentatives de sevrage ont échoué car je n’avais pas bien conscience de ma maladie et j’avais encore beaucoup de problèmes qui ont fait que je replongeais tout le temps, pour me soulager de mes soucis.

 

J’ai finalement décidé de me faire hospitaliser. J’ai effectué mon sevrage physique grâce à l’aide de mon médecin généraliste. Il m’a prescrit du Seresta, et j’en ai pris pendant quelques semaines. Le sevrage s’est bien passé, même si j’avais du mal à dormir, des sueurs nocturnes, des angoisses, etc.

 

L’alcoolisme a des conséquences terribles, parfois mortelles : il s’agit en effet de la « deuxième cause de mortalité prématurée en France », toujours selonl’inserm. En effet :

 

« Certaines maladies sont exclusivement attribuables à l’alcool, notamment la cirrhose alcoolique ou des atteintes neurologiques comme le syndrome de Korsakoff. Pour d’autres pathologies, l’alcool constitue un facteur de risques.

C’est le cas de certains cancers notamment des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, larynx, œsophage), du foie, du sein ou encore du cancer colorectal ainsi que des maladies cardiovasculaires (hypertension artérielle, cardiopathie ischémique). Par ailleurs, des troubles cognitifs sont observés chez plus de 50 % des personnes alcoolodépendantes et sont lentement réversibles : altération de la mémoire, inadaptation de certains mouvements, etc. »

 

À ces dommages physiques s’ajoutent les problèmes de comportement qui peuvent atteindre des proportions dramatiques :

 

« La consommation excessive d’alcool entraîne parallèlement des problèmes de conduite et des dommages sociaux. En 2006, les tribunaux ont prononcé plus de 271 condamnations pour homicide involontaire sous emprise de l’alcool et dans 28% des cas de violences conjugales enregistrées en région parisienne, l’auteur consommait régulièrement des quantités importantes d’alcool. »

 

J’ai ensuite passé un mois au centre, et j’ai beaucoup appris sur ma maladie. J’ai rencontré des personnes avec un vécu incroyablement dur et triste qui ont su se relever face aux épreuves de la vie. Cela m’a aidé à surmonter celles que je rencontrais.

 

J’y ai fait beaucoup d’activités ; de l’art thérapie (chant, expression corporelle), de l’affirmation de soi (jeux de rôles et mise en situation), des groupes de paroles où l’on lisait des lettres d’un médecin à son patient alcoolique et dont on discutait ensemble, etc.

 

Une jeune femme prend conscience de son alcoolisme dans le joli film Smashed.

Le séjour s’est très bien passé. J’ai été prise en charge par une équipe soignante très impliquée et sympa, et le groupe de patients était cool aussi. Je me suis bien intégrée, même si j’étais la plus jeune patiente — les autres avaient au moins 40 ans.

 

La dernière tentative de sevrage a fonctionné car j’ai vraiment compris que je ne pourrai plus jamais boire d’alcool. Et tout ce que j’ai appris au centre a consolidé le sevrage.

 

En conclusion

 

Désormais, j’ai 25 ans. Je gère très bien mes envies d’alcool. À vrai dire, l’alcool n’est plus une obsession et me dégoûte carrément. En soirée, je m’en passe très bien, et je profite beaucoup plus en étant sobre.

 

Le séjour au centre m’a vraiment aidée et je me sens apaisée sur ce point. Mais je sais qu’une rechute peut toujours arriver, donc je reste prudente. J’ai des projets professionnels et je me sens beaucoup mieux !

 

L’alcoolisme n’est pas un vice, c’est une maladie qui peut toucher n’importe qui.Alors si vous sentez que vous perdez le contrôle de votre consommation, n’hésitez pas et prenez contact avec un centre d’alcoologie.

Mes amis

Quelques années se sont écoulées, mais je voudrais vous raconter le début de mon abstinence qui croyez moi, n'a pas été ce que je pensais être. La peur de tout vous prend à la gorge et surtout cette question qui revient comme pour un refrain, combien de temps vais-je tenir sans alcool ? 
J’ai du me poser cette question des milliers de fois. 


Pour moi 
ce début a été très difficile car le début de mon abstinence je l’ai vécue dans la rue et surtout avec des personnes qui se foutaient pas mal de mon désir de ne plus être dépendent de cet alcool qui a tout détruit après son passage. Seul et complètement désemparé, je ne pouvais compter que sur moi-même. J’ai perdu toute notion de goût pour la nourriture mais surtout je devais réapprendre à manger de nouveau. Le sommeil ne vient plus comme avant et je dors très peu.
Et pour que je puisse aller voir un médecin, il me faut refaire tous mes papiers.

Car j’ai vécu dix ans dans la rue et mes papiers je les avais perdus et jamais refaits. Je suppose que vous savez tous comme il est très difficile de les avoir lorsque vous êtes sans domicile fixe. Mais je suis têtu et ne m’arrêtais surtout pas à ça. Alors pourquoi ce désir de stopper l’alcool, puisque je n’avais plus de motivation pour ? Je me suis demandé que veux-tu et pourquoi ? Plein de choses sont passées dans ma tête et de l’imagination j’en ai à revendre... Et surtout je le fais que pour moi car je ne me reconnais même plus. Quand je me regarde dans une glace, ce que me montre le miroir c’est un autre que moi !

Les tentations, j’en ai eu des tonnes mais rien à faire, j’essaies de les éviter même si des fois c’est très dur. Et puis la solitude vient à petit pas et s’installe, même si elle n’est pas la bienvenue. Dans l’alcool, la solitude je vivais avec, mais elle était moins grande. Et le regard des autres personnes qui vous connaissaient comme un sdf et en plus alcoolique, quand vous leur dites que vous ne buvez plus d’alcool, ils ont beaucoup de mal à vous croire et ils en rigolent bien...

Pendant deux ans je vivais de ce que la manche me rapportait ou de la générosité de l’être humain. Et elle n’est pas aussi grande qu’on pourrait le croire ! Sinon je serais très riche en ce moment mais ce n’est pas le cas. Pendant ces deux années j’ai continué à dormir là où je pouvais le faire en espérant que personne de « sympa » n’appelle la police, ce qui est monnaie courante à Versailles... J’ai dormi dans des endroits du style les bancs des squats ou dans des abris- bus avec juste une couverture. Et pour manger c’était le plus souvent froid car je n’avais rien pour réchauffer les boites de conserves que l’on me donnait. La nuit quand il faisait trop froid je marchais toute la nuit pour ne pas mourir de froid. La journée c’était dans une gare qu’elle se passait. Et ça a duré deux années pendant lesquelles rien mais vraiment rien ne m’a fait retoucher à l’alcool !. Et croyez moi j’y ai pensé des milliers de fois !  Une association m’a dit que si je trouvais un travail, elle me trouverait une chambre. Chose que j'ai fais. Et depuis bien des choses ont changé pour moi. Je ne bois plus depuis six ans et j’en suis très fier ! J’espère que ce témoignage pourra servir au moins à une personne car même si on est au plus bas de l’échelle il y a toujours un moyen de s’en sortir si le désir de vouloir arrêter de boire est là. Et surtout être honnête envers soi et les autres car ça aide vraiment beaucoup. Pour moi cette envie de vivre libre et ce désir de ne plus toucher à l’alcool sont toujours aussi forts qu’au premier jour... Et depuis je suis de nouveau heureux.. Alors bon courage à ceux qui comme moi ne veulent plus être l’esclave de l’alcool et être libre de tout.

Gilbert qui aime de nouveau la vie.

 

 

 

Le bateau ivre c'était moi.

Je dérivai de plus en plus souvent et de plus en plus loin.
J'ai bien du constater un jour, que je n'étais plus maître à bord, et que toute seule, je n'y arriverai jamais.
J'étais dans une détresse inimaginable.
J'ai alors eu la chance d'échouer lamentablement au seul port qui me remettrait peut être à flots : la Presqu'île.
Premier mot d'ordre du "capitaine Candas" : "On jette l'ancre".
Ce que j'ai fait avec un immense soulagement.
Plus besoin de cacher, de dissimuler, j'ai tout laissé tomber en vrac : ma vie comme moi.
J'avais enfin le droit de pouvoir tout lâcher, tout vider, d'accepter mon mal être, et j'ai compris qu'ici si je le voulais vraiment, je pouvais tout remettre en ordre.
Je n'étais plus la pauvre naufragée seule sur son épave.
L'accueil est chaleureux, mais pas étouffant.
Chacune d'entre nous peut y trouver sa place. Elle se fait petit à petit, jour après jour, parmi toutes ces filles, arrivées elles aussi exténuées.
C'est un long et difficile travail qui commence.
Tout un travail élaboré par une équipe formidable de personnes compétentes et attentives.
Le premier mois, pour se ressourcer et retrouver une hygiène de vie équilibrée.
Je redeviens moussaillon : lavage du pont et vaisselle, mais ce n'est rien à côté de la psychothérapie.
Il paraît que "cela fait du bien là où cela fait mal" qu'est ce que je vais être bien
Même si je ne sais pas encore ce que je veux faire ensuite, je sais déjà tout ce que je ne veux plus. Il faut faire le constat du passé, des erreurs, faire face à la culpabilité, et aux remords. Mais c'est un passage obligé si l'on veut avancer. Heureusement qu'avec les filles, si on pleure beaucoup, on prend aussi beaucoup de fous rires.
Et je recommence à me regarder dans une glace, je me redécouvre femme après tout il y a peut-être encore quelque chose à faire de moi !
Je commence à faire des projets, des petits bien sûr, car il ne faut pas aller trop vite, l'embarcation est encore fragile.
C'est le deuxième mois et je commence à regarder devant, la vie après et sans l'alcool.
Il y a le retour à domicile (RAD): test angoissant mais obligatoire. Il faut le préparer une sortie dans la baie avant d'affronter le grand océan qui fait peur. L'occasion de tester la solidité des "réparations" de ces deux derniers mois. Car j'étais bien à l'abri dans ce petit monde, bien protégée des tentations et des grandes bourrasques de la vie, entourée d'amies et d'oreilles encourageantes !
Lorsque je suis rentrée chez moi pour cinq jours, j'avais l'impression de sortir de ma coquille et j'étais toute surprise de constater qu'ailleurs la vie avait suivi son cours tranquillement.
Cinq jours pour se retrouver parmi les siens, pour faire le point de ce qui va ou de ce qui est encore bien difficile.
Mais la frêle embarcation a tenu le coup, ouf ! Et c'est avec soulagement que je regagne la presqu'île, mon havre de paix pour préparer la dernière ligne droite.
Commence (déjà) le troisième mois pendant lequel on, prépare sa sortie définitive. Il y a moins d'inconnus grâce au RAD mais il va falloir faire face à la vraie réalité du quotidien, apprendre à la gérer.
Les problèmes laissés à mon entrée au centre sont toujours là et m'attendent à la sortie.
Mais j'ai appris et compris beaucoup de choses, qui vont m'aider à affronter toutes ces situations tant redoutées.
Les choses et les gens n'ont pas changés, seule moi suis différente.
De la petite coque de noix bringuebalée dans la tempête de l'alcool, il fallait que je redevienne un bateau costaud.
Ces trois mois, moments privilégiés et inoubliables m'ont permis de redevenir maître à bord de ma propre vie.
Et même si les vents ne me conduisent pas toujours où je le souhaite, je suis armée pour les affronter, car le bateau refait à neuf ou presque a envie de reprendre le large, forte de tout ce que j'ai appris et compris.
Et comme on dit souvent à la Presqu'île : 

"la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie".

Nathalie.

Il y a vraiment un bout au tunnel…

Lorsque j’étais aux prises avec l’alcool,  j'espérais pouvoir dire un jour : "il est possible d’en sortir".

Cet espoir était ma lumière dans une nuit pleine de cauchemars, de suées et de tremblements. Il ne s’agissait alors que de mots, d’une idée auxquels je ne pouvais pas donner corps, mais auxquels je m’accrochais.

Pourquoi ?

Parce qu’autour de moi, il y avait quelques hommes, quelques femmes de tous bords, de tous âges, qui en étaient sortis.

Alors, pourquoi pas moi ?

Tout de suite, l’essentiel ! SEUL (E) il est IMPOSSIBLE de se dégager de l’enfer… L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est soi-même.

Se replier sur soi, c’est se condamner.

Chacun peut trouver l’écoute dont il a besoin : il n’y ni règle, ni modèle. La Croix Bleue… les AA… Vie Libre… pour n’en citer que quelques-unes, sont des associations où s’exprimer est possible.

Certes, cela ne suffit pas !

Pour sortir de l’alcool, il faut aussi s’accepter comme malade. La dépendance éthylique, une fois établie, est un phénomène physique (neurologique) absolument irréversible : elle est à jamais inscrite en nous.

Mais alors, quel espoir ?

S’il est impossible de remettre les compteurs à zéro, il est possible en revanche de juguler – d’anesthésier, en quelque sorte - cette dépendance et ainsi de s’en libérer, et de s’en libérer vraiment.

Je sais que je ne peux pas guérir et que je suis pour toujours malade-alcoolique.

Je sais aussi que cette maladie n’aura plus aucune prise sur moi tant que je ne toucherai pas à une goutte d’alcool.

C’est là que réside l’essentiel de l’espoir : l’abstinence n’est plus vécue comme une privation, la privation de la liberté de prendre un verre… mais l’abstinence est la liberté elle-même !

Sans être médecin, je crois pouvoir dire qu’il n’existe aucune maladie dont on puisse sortir aussi radicalement.

Cela fait un peu plus d’un an que je revis. Un an, c’est à la fois peu et beaucoup. Cette année a été pour moi le laps de temps nécessaire pour, progressivement et patiemment, ressusciter ! La patience avec soi, la patience avec les autres sont indispensables.

On aimerait que tout change d’un coup : dans sa vie… dans le regard des autres, de ceux qu’on aime et qui nous ont vus et subis dans l’alcool… C’est impossible !

Les autres ont besoin de temps eux aussi pour y croire : nous les avons terriblement inquiétés, nous pouvons les avoir déçus, et à plusieurs reprises. Leur confiance en nous et en notre « guérison » ne peut que mettre du temps à se rétablir.

Quant à nous ?

Quant à moi, ma vie m’attendait telle que je l’avais laissée en entrant au CALME. Mes soucis, rien de ce qui avait joué dans ma plongée dans l’alcool, n’avait disparu, bien évidemment. Il m’a fallu les affronter l’un après l’autre, et au bout d’un an, tout n’est pas réglé.

Mais d’avoir recouvré la lucidité et récupéré physiquement et mentalement m’a permis non seulement de « tenir » dans l’abstinence que j’avais choisie, mais également d’apporter petit à petit des solutions, mes solutions, à ces difficultés.

Et aujourd’hui, j’ai retrouvé une énergie vitale naturelle, spontanée. Je n’ai plus à puiser au tréfonds de mes ressources. L’énergie est là, à la demande, selon les besoins. Et avec elle, un appétit de vivre tout neuf, tout bon, si bon !

En quelques mots, maintenant, les chances que j’ai eues…

La toute première est de ne pas m’être voilée la face. Aucun mérite là-dedans : c’est une vraie chance ! Ma dépendance, je l’ai réalisée presque tout de suite : pas assez tôt pour l’empêcher de s’installer… mais assez vite pour me mettre en quête de moyens d’en sortir !

Vient ensuite, tout de suite après, l’écoute et le soutien que j’ai trouvés : Croix Bleue, pour moi… médecins généraliste puis alcoologue… psychologue… et aussi ma famille à laquelle j’ai réussi à en parler, et vite ! Les miens ont « débarqué » dans l’alcool avec moi, à travers moi. Nul doute que cela a été dur pour eux : l’inconnu total, d’abord… l’impuissance totale, aussi… mais ils ont été là, attentifs, sans jugement, avec leur affection…

Et puis, le déclic après deux tentatives infructueuses… Ce déclic a été pour moi le sentiment de terreur vitale, viscérale, absolue ! Je ne pouvais pas, je ne voulais pas en finir comme ça.

La vie n’avait plus aucun sens pour moi depuis des mois : l’alcool avait été une échappatoire, certes, mais aussi, paradoxalement, le tout dernier sursaut d’une énergie épuisée à force de vouloir sourire à mes enfants envers et contre tout.

Bien évidemment, l’alcool n’avait fait qu’amplifier dépression et souffrance !

Et soudain, trop, c’était trop.

Cette vie que mes parents m’avaient donnée, que Dieu - s’il existe, comme je le crois en dépit de mille doutes - avait permis… la vie que j’avais donnée à mes enfants… la vie tout simplement… avait une raison d’être que je ne voyais plus mais qui était bel et bien là, à côté de moi.

Je voulais la réintégrer, cette vie. Et j’étais en train de me suicider lentement et sûrement.

Après avoir aspiré à la mort de toute mon âme - et au mépris des devoirs que j’ai sur cette terre vis-à-vis des personnes que j’aime et qui m’aiment - j’ai ressenti en profondeur une volonté, désespérée peut-être, mais profonde, de vivre !

Et aujourd’hui, c’est chose faite : je vis à nouveau.

Si la vie que je mène maintenant est loin d’être tapissée de pétales de rose, elle est vraie, pleine, et porteuse d’espérances.

Un jour…..J’y suis arrivée

 

Un jour j’y suis arrive

J’ai commencé par nettoyer,
Décrotter de tous les cts
Puis je les ai un peu laves
J’ai mis du blanc maladroitement
Tendrement, en prenant le temps

J’ai enfilé les lacets
En équilibrant les deux cts
C’tait presque parfait
Puis j’ai chaussé les deux souliers
Et j’ai tir sur les cordelettes
Pas trop fort pour ne pas les casser

J’ai bien serré puis j’ai noué
Quelle belle boucle ! J’ai gagné !
Et avant de partir en courant
Monter ma prouesse aux parents
J'ai fait un double nœud prudemment..

Toi la copine qui n’est pas encore l
Tu verras un jour tu y arriveras…

Thérèse CANDAS
Directrice du centre Croix Bleue
La Presqu’le 1994